29 janvier 2009

Habiles stratèges


Depuis des semaines voir des mois, le 29 janvier est inscrit à l’agenda de tous nos chers leaders syndicalistes. Ce jeudi était la date à laquelle toutes les dures luttes devaient converger. Toutes les grandes « centrales » s’étaient mises d’accord : tout le monde devrait protester ce jour-là.
Contre quoi ? Là est une bonne question, finalement récurrente à l’occasion de ces « mouvements sociaux ». Il suffisait de voir cette semaine François Chérèque (je prends l’exemple de celui que j’ai vu le plus de fois bégayer) lutter pour légitimer son mouvement. Mais oui, il faut bien une grève pour protester contre la crise, occasion rêvée pour parler de baisse du pouvoir d’achat (tout le monde passera sous silence la tendance déflationniste sur certains produits, à commencer par les carburants), de crainte des salariés pour leur emploi et tout le toutim.
C’est vrai, pour cette deuxième catégorie : des entreprises, fragilisées par les conséquences de la crise mondiale (tiens, pourquoi pas un manif mondiale avec à l‘avant « nos » gauchistes) pourraient licencier. Sauf que les grévistes sont concentrés, comme d’habitude, dans le secteur public. Et que leur altruisme est toujours aussi bien caché. Il faudrait parfois donner à ces professionnels de la revendication des cours d’économie basique pour qu’ils comprennent l’étroitesse du lien entre augmentation du coût de la main-d’œuvre et augmentation du coût de la vie. Ça pourrait être un bon investissement.
Mais venons-en là où je veux arriver : la situation à Paris aujourd’hui, ou en tout cas à la RATP. La loi sur le « service minimum » (c’est ainsi qu’elle est référencée médiatiquement, même si l’appellation est abusive) oblige les grévistes à se déclarer individuellement à leur employeur 48 heures avant le début du conflit. C’est ainsi que la RATP avait pu, dès mardi, fournir des prévisions de trafic particulièrement précises, ligne par ligne (pour le métro). On savait donc que le trafic serait perturbé mais que des trains circuleraient sur toutes les lignes.
Mais voilà que, surprise, les métros semblaient - significativement - plus nombreux sur les lignes qu’annoncé. Pourquoi ce cadeau ? Les syndicats auraient-ils convaincu des non-grévistes à se déclarer 48 heures à l’avance pour dégrader les prévisions et ainsi donner au mouvement une ampleur potentiellement plus importante ? C’est clairement ce que je me demande, et c’est pour tout dire la seule explication qui me paraît rationnelle, vues les plannings précis que la loi sur le service minimum autorise. Les syndicats auraient ainsi trouver un moyen de paralyser la France en faisant craindre d’importants blocages sans faire courir de risque de perte de salaire pour leurs ouailles. Qu’ils sont imaginatifs, ces bons camarades.
Reste que je trouve que le syndicalisme a quelque chose de très ingrat : les gentils syndicalistes ne peuvent prétendre qu’à la satisfaction de s’opposer… et d’obtenir des « acquis » qui compromettront un peu plus l’avenir des générations à venir. C’est triste.

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